COVID-19: Des proches sont contaminés, que faire ?

Des outils au cas par cas pour avancer pas à pas

Dans une crise comme celle qui frappe bientôt le monde entier, nous sommes tous et toutes confronté∙e∙s au risque de perdre proche, collègue, voisin∙e, collaborateur∙trice, sans parler de l’éventualité d’être soi-même touché∙e.

Un contexte comme celui-ci nous rappelle, de façon inédite et brutale la présence de la mort, d’autant plus inquiétante que sa cause est invisible.

Alix Noble Burnand a rédigé ces outils au cas par cas, pour avancer pas à pas à l’annonce de la contamination d’une personne de votre entourage.

Introduction

Les années et les siècles précédents étaient avertis de la présence constante de la mort. Depuis l’ère des cavernes, nos ancêtres avaient développé des stratégies sociales, rituelles, culturelles, spirituelles et symboliques qui leur permettaient, vaille que vaille, de traverser épidémies, guerres, famines et autres désastres. Mais depuis les années 1950, la mort est devenue moins visible, taboue. Nous avons cru être à l’abri, et avons entretenu l’illusion candide de la sécurité.

Certaines de ces façons de faire anciennes réapparaissent comme par magie dans le séisme que nous vivons : solidarité, soins aux démunis, compassion, manifestations communautaires, apparition d’héroïnes et de héros et de figures de référence pour le pan lumineux ; délations, manipulations, vols, violences, méfiances et quête d’un bouc émissaire pour les aspects plus sombres.

Le besoin de veiller le∙la proche touché∙e, de se rassembler pour des cérémonies collectives se fait sentir d’autant plus qu’il n’est plus possible à satisfaire.

Confronté∙e∙s à la violence à laquelle nous contraint cette pandémie qui nous oblige à laisser nos proches malades, intubé∙e∙s, et/ou mourant∙e∙s seul∙e∙s aux soins intensifs, nous nous retrouvons totalement désemparé∙e∙s, en grand besoin de rites, de commémorations, de collectif, alors même que nous ne savons plus bien comment nous y prendre, puisque nous avons perdu le savoir-faire.

L’objectif de ce texte est de repérer les enjeux importants et les risques liés à cette situation, de donner des pistes, des repères et des outils concrets pour pouvoir nous diriger dans la tempête et la confusion légitime soulevées par l’annonce de la maladie, de l’hospitalisation, voire de la mort d’un∙e proche.

1. Un∙e proche est hospitalisé∙e

Situation propice à des émotions contrastées et ambivalentes. Inquiétude, crainte de la contagion, impuissance, angoisse, culpabilité (C’est moi qui l’ai contaminée, j’aurais dû, je n’aurais pas dû), reproche (Ilelle aurait dû, n’aurait pas dû), projection (Je m’imagine à sa place...)

Enjeux 

Réduire le stress, relativiser. Faire la part des choses. Être efficace. Contenir le stress des autres membres de la famille/fratrie. Rester contenant∙e et cadrant∙e.

Pistes

  • Trouver une personne qui fera le contact avec le personnel soignant (et si besoin avec le∙la malade) et transmettra les informations aux proches.
  • Chercher des aides et des personnes ressources capables et disponibles pour répondre aux questions (hotline/psy).
  • Mettre en place des stratégies. Qui fait quoi, quand, combien de temps ?
  • S’organiser pour pouvoir garder son calme : activités sportives/ méditation/ hypnose.

! Attention aux groupes type WhatsApp et au stress que ça génère !

Devoir redire la même chose/ Gérer les réactions, les propositions d’aide généreuses mais envahissantes/ Contenir l’effet boule de neige, les rumeurs, les propos dramatisants et/ou banalisants, les conseils à tout va, les recettes, les suggestions de médicaments miracles…

Enfants

  • Structurer leur temps. Les protéger du stress des adultes. Parler de la situation une fois par jour, pas plus. Attention aux infos incessantes des médias.
  • Il est contreproductif de vouloir les préparer à une issue fatale. Leur temporalité est celle de l’instant. En cas de décès, il sera bien assez tôt de le leur annoncer le moment voulu.
  • Dire les vrais mots :
    • Ilelle souffre du coronavirus (si d’autre chose, donner le nom de la maladie), beaucoup de gens en sont atteints.
    • Son corps est en train de lutter pour survivre et ilelle pourra, j’espère, guérir ; ça s’appelle l’immunité.
    • Ilelle est bien soigné.
    • Si je reçois des nouvelles importantes, tu seras mise au courant.
  • Aller jouer dehors avec eux. Jeux d’investissement physique. Jeux de construction, de stratégie.
  • Coucher difficile ? Raconter des contes de fées, inventer des histoires d’héroïnes et de héros qui surmontent les épreuves.

Un peu de sagesse

    • S’accrocher à des paroles de sagesse, comme Un pas après l’autre ; À chaque jour suffit sa peine
    • Se légitimer : C’est normal que j’aie peur, ou que je sois en colère, que je me sente impuissante, seule à devoir faire tout le travail…
    • Observer les endroits dans son corps où la sensation de stress s’installe. En repérer les contours. Autoriser cette sensation à être à cette place-là. Observer aussi les zones tranquilles, sans stress, et les garder à la conscience.
2. Un∙e proche est aux soins intensifs
La peur d’une issue fatale devient d’autant plus difficile à maîtriser qu’elle est réaliste. L’impact émotionnel augmente parallèlement à la perte de contact d’avec le∙la proche. Le contact avec le∙la malade peut s’avérer difficile, voire impossible suivant la situation sanitaire. Le manque de nouvelles et l’impossibilité de communiquer rendent difficile la gestion du stress. Il va donc falloir trouver des occupations pour pallier l’impuissance, et des façons d’entretenir le lien avec le∙la malade d’une autre manière.

Les différences de tempérament au sein du groupe familial vont devenir plus apparentes. Les réactions peuvent s’exacerber, certain∙e∙s ayant besoin de beaucoup extérioriser alors que d’autres se renferment, certain∙e∙s s’installent dans l’anticipation de la mort, d’autres refusent d’y penser.

 

Enjeux 

Être prudent∙e avec les suppositions hâtives. Se cantonner aux informations et non aux conclusions dictées par la peur et l’impuissance.

 

Pistes

  • Trouver un contact téléphonique avec l’équipe médicale (Si possible ! Se renseigner).
  • Dans la famille, le groupe impacté, chercher une personne de confiance pour faire le lien avec l’hôpital.
  • Structurer absolument la journée. Cadrer les activités. Garder la même organisation temporelle.
  • Tenir un journal de bord pour chaque jour.
  • S’interdire l’équation soins intensifs = mort. Garder la raison et le sens des perspectives.
  • Demander à un∙e ami∙e suffisamment solide, de pouvoir se « lâcher » avec lui∙elle.
  • Apport de vitamines relationnelles : selon ses croyances et ses pratiques, prier pour la personne malade/ Lui apporter de l’énergie mentalement/ Visualiser de la lumière sur elle/ Se connecter à elle / Méditation « dirigée vers la personne ».
  • Le lien avec elle doit être préservé à tout prix. Je ne peux plus la voir et/ou lui parler de vive voix. Je peux le faire chez moi à voix haute (Que sait-on des dimensions subtiles de la conscience ?).
  • Commencer une lettre pour la personne malade. Rassembler les souvenirs lumineux qu’on a d’elle. Ce qu’elle nous apporte. Pourquoi et comment elle compte pour nous. Ce que je lui dois.
  • Confectionner (avec les enfants, s’il y en a) une boîte aux lettres pour rassembler les messages de chacun∙e.

Enfants 

  • Se rassembler une fois par jour à une heure précise (avant un repas par exemple, mais pas avant le coucher !), allumer une bougie pour la personne, chanter une chanson qu’elle aime/ se donner les mains pour lui donner de la force, préparer une chanson pour elle/ lister des bons souvenirs et des dessins et les déposer dans la boîte.
  • Si inquiétudes et questions des enfants au coucher, les entendre, les noter devant eux et leur assurer qu’on en parlera le lendemain quand ce sera le moment.

 

Un peu de sagesse

  • C’est sérieux, mais ce n’est pas (encore) dramatique.
  • On a le droit d’être vivant. De rire. De penser à autre chose.
  • Ce qui est, est. Ce qui n’est pas, n’est pas.

 

3. En cas de décès

La situation actuelle complique les étapes « normales » : la veillée auprès du∙de la défunt∙e, les visites à la morgue et la cérémonie. Les besoins fondamentaux (être présent∙e au moment du dernier souffle, se retrouver près du corps du∙de la défunt∙e, l’accompagner dans la mise en bière, bénéficier de la chaleur, de la présence et du soutien des ami∙e∙s et connaissances) ne sont pas réalisables. Il va falloir faire sans, ce qui ajoute à la peine.

 

Enjeux 

C’est le moment d’avoir recours aux rites. Le rite permet de faire concrètement des actes symboliques. Plus l’absence, le flou et la sensation d’irréalité sont massifs, plus le rite a sa raison d’être, parce qu’il permet une expérience, suscite des sensations, et par là même se concrétise en souvenirs.

 

Pistes

  • Demandez aux Pompes Funèbres des photos du∙de la défunt∙e (si on ne souhaite pas les voir immédiatement, on pourra toujours le faire plus tard).
  • Déposez (ou faites déposer) dans le cercueil des objets symboliques (photos de la famille, des ami∙e∙s/ peluches des enfants, messages ou lettres de la boîte aux lettres).
  • Préparer la cérémonie.
  • Trouvez quelqu’un qui filme (ce sera pour celles et ceux qui ne peuvent être là). Ne le faites pas vous-mêmes, vous avez besoin d’être totalement présent∙e.
  • Dotez-vous d’un ou d’une maîtresse de cérémonie (il s’agit d’une personne qui s’occupe du bon déroulement de la cérémonie que vous aurez préparée avec elle. C’est souvent un∙e ami∙e proche).
  • Écrivez un texte avec des souvenirs concrets (les Je me souviens sont souvent plus parlants que les grandes tirades), racontez l’histoire de la personne. Si vous ne pouvez pas le lire vous-mêmes, faites-le dire par le ou la maîtresse de cérémonie.
  • Prenez le temps de l’adieu (ce n’est pas parce qu’on ne doit pas être plus de 5-10 personnes qu’on doit encore se dépêcher !!). Avertissez les Pompes Funèbres au préalable.
  • Utilisez le symbole des 5 bougies. Celle du milieu, la plus grande, représente le∙la défunt∙e. La première, dans le sens de l’allumage, représente les ancêtres, qui ne sont plus là. La deuxième, celles et ceux qui sont réuni∙e∙s ici et maintenant. La troisième, le∙la défunt∙e. La quatrième, celles et ceux qui auraient bien voulu être là, mais n’ont pas pu. La cinquième, toutes celles et tous ceux qui ne sont pas encore né∙e∙s, mais qui sont les descendant∙e∙s, de chair ou de cœur.

 

Enfants 

S’ils peuvent être présents, c’est beaucoup plus facile pour eux. Si non, on préparera avec eux la cérémonie symbolique qui aura lieu plus tard. De toute façon, leurs dessins accompagnent le∙la défunt∙e[1].

 

Un peu de sagesse 

  • On est toutes et tous logé∙e∙s à la même enseigne. Ce qui arrive n’est la faute de personne.

 

 

[1] Pour toutes les questions des enfants, se reporter à l’ouvrage Tout sur la mort : Explications et contes pour les enfants www.alixraconte.ch/boutique

4. Après le décès

Le temps d’après, qui devrait être le deuil, sera probablement un temps difficile d’apnée. Il sera mis à profit pour préparer la cérémonie symbolique nécessaire pour pouvoir boucler la boucle et initier la période de deuil. Le seul aspect positif de ce confinement réside dans le temps à disposition, alors que « normalement », la sensation d’urgence préside.

 

Enjeux

  • Honorer le∙la défunt∙e, l’accompagner et l’installer dans sa nouvelle demeure, celle des souvenirs.
  • Honorer la communauté, lui faire une place et l’accueillir.
  • Vous honorer vous-mêmes comme endeuillé∙e et recevoir les manifestations de soutien, de tendresse et d’empathie dont vous avez besoin.

 

Pistes

  • Listez les personnes à avertir.
  • Songez aux objets à donner en souvenir (n’oubliez pas les enfants, pour qui l’objet concret permet de se souvenir du∙de la défunt∙e).
  • Cherchez un lieu : en cas d’inhumation, il existe déjà /en cas de crémation, la cérémonie coïncidera avec la dépose des cendres. Ce lieu peut être ailleurs que dans un cimetière.
  • Rassemblez les souvenirs des proches, des ami∙e∙s, des voisin∙e∙s et des collègues.
  • Cherchez des photos.
  • Réalisez un album souvenir qui sera distribué.
  • Réfléchissez à la collation, ou carrément un repas qui sera (pourquoi pas ?) le repas préféré du∙de la défunt∙e.

 

Les enfants

Ils aiment les réunions de famille, donc les enterrements. Les faire participer selon leur âge, mais aussi permettre qu’ils soient présents, même tout petits, c’est leur assurer qu’ils comptent, et qu’ils appartiennent à cette famille.

5. Et les adolescent∙e∙s ?

Il convient de faire la différence entre les enfants (jusque vers 10-12 ans) et les adolescent∙e∙s.

 

Si les premiers sont relativement transparents (ils expriment encore ce qu’ils ressentent, manifestent leurs émotions verbalement ou de façon non-verbale, posent des questions), leurs aîné∙e∙s, en revanche sont davantage dans le repli et l’intériorisation. Ou dans une réaction extrême pour tout ce qui impacte leur sensibilité à vif.  Apparemment, ils∙elles n’en ont « rien à foutre » de ce qui se passe autour d’eux, s’enferment dans leur chambre, oreillettes vissées à leurs oreilles, mais surréagissent quand on leur demande quelque chose.

 

Pourtant l’impact des évènements extérieurs, le stress des adultes les atteint profondément. À cela s’ajoute la crainte concernant leurs grands-parents. Ils∙elles sont souvent très attaché∙e∙s à eux. Ceci s’explique facilement : l’adolescence est une période de grand trouble, parce qu’il s’agit de faire le deuil de son enfance, du soi-enfant, pour devenir adulte. C’est long et douloureux. C’est une mue.

 

De ce fait, les grands-parents sont fortement investis, puisqu’ils incarnent le souvenir vivant de l’enfance. Auprès d’eux, et tant qu’ils sont là, on reste petit. Leur décès peut dès lors avoir des répercussions insoupçonnées chez l’adolescent∙e qui se retrouve face à un double deuil, celui de son enfance et celui des témoins de cette enfance.

 

Il faut donc les associer aux cérémonies, à l’accompagnement du∙de la défunt∙e, à la confrontation avec le corps, les encourager à écrire des souvenirs, et les lire à leur place, s’ils∙elles le demandent, en public.

 

C’est difficile pour un∙e adulte de « forcer » son ado à être présent∙e, à venir en famille voir le∙la défunt∙e ou à participer à l’enterrement. On peut lui rappeler qu’il est membre de la famille et qu’à ce titre, sa présence est importante : c’est une manière d’honorer la personne décédée.

Et ce moment risque fort de rester gravé en lui, en elle comme un processus initiatique. Bien sûr que cela le, la poussera plus rapidement hors de l’enfance. C’est ce à quoi servaient autrefois les rites initiatiques…

 

Pour les demandes d’aide aux adolescent∙e∙s vaudois∙e∙s : voir les neuf services PPLS cantonaux sur le site de l’État de Vaud (www.vd.ch/themes/formation/pedagogie-specialisee/psychologues-psychomotriciens-et-logopedistes/services-ppls/) ou les aumôneries pour la scolarité post-obligatoire (www.saga-vd.ch).

Étapes suivantes

 Pour les étapes suivantes, à savoir le deuil, voir à ce sujet

Deuil, mode d’emploi, une boîte à outils pour traverser le deuil www.alixraconte.ch/boutique

D’autres professionnel∙le∙s sont à même de vous guider et de vous épauler : www.deuils.org

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